
La masturbation en islam est considérée comme interdite par la majorité des savants, sur la base des versets 5 à 7 de la sourate Al-Mu’minûn, qui limitent la sexualité au cadre du mariage. Les écoles juridiques divergent toutefois sur sa gravité et sur le cas particulier de celui qui craint de tomber dans un péché plus grave. Surtout, l’islam ne se contente pas d’interdire : il propose des remèdes concrets — le mariage et le jeûne — et laisse toujours ouverte la porte du repentir.
Sommaire
- Ce que dit le Coran
- La position des quatre écoles
- Le cas de nécessité : éviter un péché plus grave
- Les remèdes prophétiques pour s’en libérer
- Le lien avec les contenus illicites : traiter la racine
- Masturbation et ramadan : le jeûne est-il annulé ?
- Le repentir : ne jamais désespérer
- Questions fréquentes
Ce que dit le Coran
Le texte central du débat se trouve dans la sourate Al-Mu’minûn : « Ceux qui préservent leur chasteté, sauf avec leurs épouses ou les esclaves qu’ils possèdent, car là ils ne sont pas blâmables ; alors que ceux qui cherchent au-delà de ces limites sont les transgresseurs » (Coran 23:5-7).
Pour la majorité des savants, ces versets établissent un principe clair : la sexualité licite est limitée au cadre du mariage. Chercher la satisfaction en dehors de ce cadre — y compris seul — revient à « chercher au-delà de ces limites ». C’est le fondement principal de l’interdiction, complété par le fait que le Prophète ﷺ, interrogé sur les jeunes gens qui ne peuvent se marier, a indiqué le jeûne comme remède, et non la masturbation, alors que le contexte s’y prêtait.
La position des quatre écoles
Le statut de la masturbation fait l’objet d’un large accord sur le principe, avec des nuances réelles sur la gravité et les exceptions :
- Malikites et shafiites : interdiction ferme, sur la base directe des versets 23:5-7. L’école shafiite est la plus stricte et n’admet pas d’exception.
- Hanafites : interdiction de principe, mais l’acte est jugé moins grave lorsqu’il vise à apaiser un désir pressant chez celui qui n’a pas les moyens de se marier — sans jamais en faire une habitude.
- Hanbalites : interdiction, sauf nécessité réelle : celui qui craint sérieusement de tomber dans la fornication (zina) et qui ne peut ni se marier ni contenir son désir par le jeûne.
Aucune école ne présente donc la masturbation comme licite en soi. La divergence porte sur le degré de gravité et sur l’existence d’une tolérance en cas de nécessité — pas sur le principe.
Le cas de nécessité : éviter un péché plus grave
Les savants hanafites et hanbalites qui admettent une tolérance raisonnent selon un principe classique du droit musulman : entre deux maux, on choisit le moindre. Celui qui se trouve réellement au bord de la fornication, sans possibilité de se marier, commettrait un péché moins grave en se soulageant seul qu’en franchissant l’interdit majeur du zina.
Il faut cependant mesurer la portée de cette position : c’est une exception de dernier recours, pas une autorisation générale. Elle suppose une crainte réelle et sérieuse, l’impossibilité de se marier, et l’échec des autres remèdes (jeûne, éloignement des déclencheurs). En faire une habitude confortable sous prétexte de « nécessité » revient à détourner le raisonnement de ceux-là mêmes qui l’ont formulé.
Les remèdes prophétiques pour s’en libérer
Le Prophète ﷺ a lui-même indiqué la voie : « Ô jeunes gens ! Que celui d’entre vous qui en a la capacité se marie, car cela aide à baisser le regard et à préserver la chasteté. Et que celui qui ne le peut pas jeûne, car le jeûne est pour lui une protection » (Sahih al-Bukhari 5066).
Ce hadith structure les deux remèdes principaux :
- Le mariage — la réponse de fond. Si le désir devient une épreuve récurrente, c’est le signe qu’il est temps de construire un projet de mariage sérieux plutôt que de gérer indéfiniment la frustration. C’est tout le sens d’une démarche encadrée vers le mariage halal, et des invocations enseignées pour cela — voir notre article sur la doua pour se marier.
- Le jeûne — le remède d’attente, qui discipline le corps et apaise le désir.
À ces deux piliers s’ajoutent des leviers concrets, cohérents avec la sunna : baisser le regard (le désir se nourrit de ce qu’on regarde, et les écrans en sont aujourd’hui la première porte), éviter la solitude oisive — en particulier la nuit avec un téléphone —, occuper son temps par le sport, la science et la compagnie de personnes droites, et s’endormir en état d’occupation spirituelle (dhikr) plutôt que de divagation.
Le lien avec les contenus illicites : traiter la racine
Dans l’immense majorité des cas, la masturbation ne vit pas seule : elle est alimentée par le regard — images, vidéos, comptes suivis, contenus pornographiques. Or le Coran traite le regard comme la porte d’entrée de la chasteté : « Dis aux croyants de baisser de leurs regards et de garder leur chasteté : cela est plus pur pour eux » (Coran 24:30). L’ordre du verset n’est pas anodin : le regard vient avant la chasteté, parce qu’il la conditionne.
Cela change la stratégie : lutter contre l’acte sans traiter ce qui le déclenche revient à écoper sans fermer la fuite. Celui qui veut s’en libérer durablement doit d’abord assainir son regard numérique : supprimer les contenus et les comptes qui éveillent le désir, installer des barrières concrètes (filtres, téléphone hors de la chambre la nuit), et remplacer les moments de consommation par autre chose de réel. Le visionnage de contenus illicites constitue par ailleurs un péché en soi, qui s’ajoute à l’acte qu’il provoque — s’en détacher, c’est donc alléger deux fardeaux à la fois.
Masturbation et ramadan : le jeûne est-il annulé ?
Oui. Pour les quatre écoles, l’éjaculation provoquée volontairement pendant les heures de jeûne annule le jeûne du jour. La personne doit s’abstenir le reste de la journée par respect du mois, puis rattraper ce jour (qada) après le ramadan. La majorité des savants n’imposent pas l’expiation lourde (kaffara), réservée au rapport conjugal complet — l’école malikite étant plus stricte sur ce point.
Commettre cet acte en plein ramadan est par ailleurs jugé plus grave qu’en temps ordinaire, car s’y ajoute la violation de la sacralité du mois. Cela n’enlève rien à la possibilité du repentir.
Le repentir : ne jamais désespérer
Beaucoup de personnes qui luttent contre cette habitude oscillent entre rechute et culpabilité écrasante, au point parfois de désespérer d’elles-mêmes. C’est précisément ce que le Coran interdit : « Dis : Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Car Allah pardonne tous les péchés » (Coran 39:53).
Le repentir (tawba) demande trois choses : cesser l’acte, regretter sincèrement, et prendre la résolution de ne pas y revenir. La rechute n’annule pas le chemin parcouru : elle appelle un nouveau repentir, pas un abandon. Et si l’épreuve se répète, elle indique la direction déjà évoquée : structurer sa vie — sommeil, écrans, entourage — et avancer concrètement vers le mariage, à commencer par la salat istikhara lorsqu’un projet se dessine.
Questions fréquentes
La masturbation est-elle un grand péché en islam ?
La majorité des savants la classent parmi les péchés, sans la placer au niveau des péchés majeurs comme le zina. Elle reste un acte interdit dont il faut se repentir, mais elle n’entraîne aucune sanction légale et ne fait pas sortir de l’islam. La gravité augmente lorsqu’elle devient une habitude entretenue ou qu’elle s’accompagne du visionnage de contenus illicites.
Faut-il faire le ghusl après ?
Oui. Toute éjaculation, quelle qu’en soit la cause, place la personne en état de grande impureté (janaba) : le ghusl (bain rituel complet) est obligatoire avant de pouvoir prier. C’est un point qui fait l’unanimité des écoles.
La masturbation annule-t-elle les ablutions (wudu) ?
Oui. L’émission de madhy (liquide pré-séminal) annule les ablutions et impose de laver la partie touchée ; l’éjaculation complète impose quant à elle le ghusl. Dans les deux cas, la personne ne peut pas prier avant de s’être purifiée selon le cas qui la concerne.
Est-ce que cela annule le jeûne du ramadan ?
Oui, si l’éjaculation est provoquée volontairement pendant les heures de jeûne : le jour est invalidé et doit être rattrapé après le ramadan. La kaffara (expiation lourde) n’est pas exigée par la majorité des savants, qui la réservent au rapport conjugal.
Et entre époux ?
Ce que les savants interdisent, c’est l’acte solitaire. Au sein du mariage, le plaisir donné par la main de l’époux ou de l’épouse est licite : il entre dans le cadre de l’intimité conjugale que le Coran décrit comme le champ licite du désir (23:5-6).
Comment arrêter définitivement ?
En combinant les remèdes prophétiques et les moyens pratiques : jeûner régulièrement, supprimer les déclencheurs (contenus, comptes, moments de solitude nocturne avec un écran), remplir son temps, et surtout traiter la cause de fond en avançant vers un projet de mariage sérieux. La sortie durable est rarement dans la seule volonté : elle est dans la restructuration des habitudes et du projet de vie.
En résumé
La masturbation est interdite pour la majorité des savants, sur la base du Coran (23:5-7), avec une tolérance de dernier recours chez certains pour celui qui craint de tomber dans le zina. Elle impose le ghusl, annule le jeûne du ramadan, mais ne ferme jamais la porte du repentir. Le vrai traitement que propose l’islam est double : le jeûne pour apaiser et le mariage pour construire — c’est la réponse du Prophète ﷺ lui-même aux jeunes gens de sa communauté — sans oublier de fermer la porte par laquelle l’habitude entre : le regard.

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