
La période de idda en islam est le délai d’attente que la femme observe après la fin de son mariage — par divorce ou par décès du mari — avant de pouvoir se remarier. Sa durée dépend de la situation : trois cycles menstruels pour la divorcée, quatre mois et dix jours pour la veuve, jusqu’à l’accouchement pour la femme enceinte, et aucune idda si le mariage n’a pas été consommé. Ce n’est pas une simple formalité : la idda a des fonctions précises — vérifier l’absence de grossesse, laisser une porte à la réconciliation, honorer le lien qui se défait — et des règles concrètes pendant sa durée.
Sommaire
- Qu’est-ce que la idda et pourquoi existe-t-elle ?
- Les durées de la idda selon les situations
- Ce qui est permis et interdit pendant la idda
- Idda du talaq révocable : la porte du rujû’
- Cas particuliers : khul’, divorce civil, absence de règles
- Les erreurs fréquentes autour de la idda
- Questions fréquentes
Qu’est-ce que la idda et pourquoi existe-t-elle ?
La idda (عدّة, littéralement « le décompte ») est une prescription coranique directe, pas une coutume. Elle poursuit trois objectifs :
- Vérifier l’absence de grossesse : éviter toute confusion de filiation entre l’ancien et un éventuel futur mariage ;
- Laisser une porte à la réconciliation : après un premier ou deuxième talaq, la vie commune peut reprendre pendant la idda sans nouveau contrat ;
- Honorer le lien conjugal : le mariage est un pacte solennel (« mithâq ghalîz ») ; il ne se défait pas comme on résilie un abonnement. Pour la veuve, la idda est aussi un temps de deuil encadré.
La idda concerne la femme ; l’homme n’a pas de délai d’attente équivalent, à une exception près : il ne peut pas épouser la sœur de son ex-épouse (ou une autre femme qui lui serait interdite par cumul) tant que la idda de celle-ci n’est pas achevée.
Les durées de la idda selon les situations
Le Coran fixe lui-même chaque cas :
- Femme divorcée ayant ses cycles : trois cycles menstruels — « Les femmes divorcées doivent observer un délai d’attente de trois menstrues » (Coran 2:228) ;
- Femme divorcée sans cycles (ménopausée ou trop jeune) : trois mois (Coran 65:4) ;
- Femme enceinte : jusqu’à l’accouchement, quel que soit le terme — même verset (65:4) ;
- Veuve : quatre mois et dix jours — « Ceux des vôtres qui meurent et laissent des épouses : celles-ci doivent observer une attente de quatre mois et dix jours » (Coran 2:234). Si elle est enceinte, l’accouchement met fin à sa idda ;
- Mariage non consommé : aucune idda en cas de divorce — « si vous divorcez d’elles avant de les avoir touchées, vous ne pouvez leur imposer aucun délai d’attente » (Coran 33:49). En cas de décès du mari, la idda de la veuve reste due même sans consommation.
À noter : la idda commence au moment du prononcé du divorce (ou du décès), pas au moment où la femme l’apprend ni à la date d’un éventuel jugement civil ultérieur — avec des nuances discutées par les savants pour les situations complexes.
Ce qui est permis et interdit pendant la idda
Pendant sa idda, la femme divorcée :
- reste en principe au domicile conjugal — « Ne les faites pas sortir de leurs maisons, et qu’elles n’en sortent pas, à moins qu’elles n’aient commis une turpitude prouvée » (Coran 65:1) ; sortir pour le travail ou les besoins réels reste permis ;
- a droit à l’entretien (logement, subsistance) à la charge du mari pendant la idda d’un talaq révocable, et dans tous les cas si elle est enceinte ;
- ne peut pas se marier, ni conclure de contrat de mariage, tant que la idda court ;
- ne peut pas recevoir de demande en mariage explicite : une allusion discrète est tolérée pour la veuve (Coran 2:235), jamais une demande formelle.
La veuve observe en plus le deuil (hidad) pendant ses quatre mois et dix jours : sobriété dans la parure et les sorties, sans pour autant être recluse — travailler et gérer sa vie restent possibles.
Idda du talaq révocable : la porte du rujû’
C’est la fonction la plus méconnue de la idda. Après un premier ou un deuxième talaq, tant que la idda n’est pas achevée, le mari peut reprendre son épouse (rujû’) sans nouveau contrat ni nouvelle dot — par une parole claire, idéalement devant témoins. Le Coran présente d’ailleurs cette reprise comme préférable lorsque l’intention est sincère : « leurs maris sont plus en droit de les reprendre pendant cette période, s’ils veulent la réconciliation » (2:228).
C’est précisément pour cela que le divorce conforme à la sunna se prononce une seule fois : il laisse deux occasions de revenir en arrière. Nous détaillons le mécanisme complet — et ce qui se passe au troisième talaq — dans nos articles sur comment divorcer en islam et la répudiation prononcée trois fois.
Cas particuliers : khul’, divorce civil, absence de règles
Après un khul’ (divorce demandé par la femme contre compensation), la majorité des savants retiennent la même idda que le talaq (trois cycles) ; un avis, appuyé sur un hadith, la limite à un seul cycle, puisque la reprise n’est pas possible et que seul le constat de non-grossesse importe. — Après un divorce civil uniquement, la idda religieuse court à partir du moment où le lien religieux est considéré comme rompu : un point à clarifier avec une personne de science selon la situation du couple. — Cycles irréguliers ou absents (allaitement, contraception, troubles) : les savants ramènent généralement le décompte aux trois mois du verset 65:4 après un délai d’observation.
Les erreurs fréquentes autour de la idda
- Croire que la femme doit rester enfermée : la idda n’est pas une réclusion ; le travail, les démarches et les sorties nécessaires sont permis.
- Chasser la femme du domicile après le prononcé : c’est exactement l’inverse de ce que prescrit le Coran (65:1) — elle a le droit d’y rester pendant la idda.
- Conclure un mariage pendant la idda : il serait invalide et devrait être dissous ; il faut attendre son terme avant tout engagement — y compris pour officialiser avec l’ex-époux après une idda expirée (nouveau contrat requis).
- Ignorer la idda après un divorce civil au motif qu’« il n’y a pas eu de talaq » : le lien religieux doit être traité, sinon la situation reste ambiguë pour le remariage.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la idda après un divorce ?
Trois cycles menstruels pour la femme qui a ses règles (Coran 2:228), trois mois pour celle qui ne les a pas ou plus (65:4), et jusqu’à l’accouchement pour la femme enceinte. Si le mariage n’a pas été consommé, il n’y a pas de idda en cas de divorce.
La femme peut-elle sortir et travailler pendant sa idda ?
Oui. La idda impose de rester rattachée au domicile conjugal, pas d’être recluse : sortir pour le travail, les courses, les soins ou toute nécessité est permis. Ce qui est proscrit, c’est de quitter définitivement le domicile ou d’en être chassée pendant la période.
Peut-on parler mariage à une femme en idda ?
Une demande explicite est interdite tant que la idda court. Pour la veuve, une allusion discrète est tolérée par le Coran (2:235) ; pour la divorcée révocable, même l’allusion est à éviter puisqu’elle est encore juridiquement liée à son mari. Toute démarche sérieuse attend la fin du délai.
Le mari doit-il entretenir sa femme pendant la idda ?
Oui pour la idda d’un talaq révocable : logement et subsistance restent à sa charge. Pour un divorce irrévocable, l’entretien complet n’est dû que si elle est enceinte ; le logement reste recommandé selon les écoles. La veuve, elle, relève de l’héritage et non de l’entretien du défunt.
Que se passe-t-il si les époux reprennent la vie commune pendant la idda ?
Après un premier ou deuxième talaq, la reprise (rujû’) pendant la idda restaure le mariage sans nouveau contrat. Après la fin de la idda, il faut un nouveau contrat et une nouvelle dot. Après un troisième talaq ou un khul’, la reprise pendant la idda n’est pas possible.
En résumé
La idda est le délai d’attente fixé par le Coran après la fin d’un mariage : trois cycles pour la divorcée, quatre mois et dix jours pour la veuve, l’accouchement pour la femme enceinte, rien si le mariage n’a pas été consommé. Elle protège la filiation, ménage la porte du rujû’ et honore le lien qui se défait. Une fois achevée, la femme est entièrement libre — y compris de se remarier après son divorce et de construire un nouveau projet dans le cadre d’un remariage musulman serein.

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